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13/03/2013
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Les Expositions

Marc Chagall

Quelle chance! L’exposition «Marc Chagall, l’épaisseur des rêves» du Musée de Roubaix vient à peine de fermer ses portes, en janvier, que le Musée du Luxembourg s’empresse d’interroger un autre pan de l’oeuvre. Intitulé «Chagall entre guerre et paix», le parcours parisien suit l’évolution du peintre confronté tout au long de sa vie aux aléas du malheur et du bonheur. Presque centenaire, Chagall (1887-1985) a côtoyé les soubresautsmultiples de l’histoire.

Né en 1887 à Vitebsk, dans l’ex-Empire russe, sa vie se lit comme un roman. D’atelier en atelier, il se forme à Saint-Pétersbourg, profite d’une bourse qu’un mécène lui offre en1911 pour aller travailler à Paris, puis, chassé par la declaration de guerre, il retourne à Vitebsk, traverse les remous de la révolution russe, tente de vivre à Moscou puis à Berlin et revient à Paris au début des années 1920, pour fuir de nouveau quelques années plus tard les persécutions antisémites de la Seconde Guerre mondiale en se rendant aux Etats-Unis. Exil au cours duquel il retrouve d’autres réfugiés: Mondrian, Bernanos, Léger et Breton. 1948 marque une pause, presque une accalmie. Il s’installe définitivement en France, à Paris d’abord, puis dans le Sud, à Vence.

On a dit de lui, tout en soulignant sa singularité, qu’il vivait à l’écart des courants artistiques de son temps : rien de plus faux. A l’époque où il dirigeait l’école des beaux-arts de Vitebsk, il fréquentait Malevitch, un des professeurs de son école, et avait invité El Lissitzky, figure majeure de l’avant-garde russe, à y enseigner. De même lors de son premier passage à Paris, il n’ignorait rien de l’aventure cubiste. Seulement voilà, il n’avait jamais «voulu peindre comme les autres». Fidèle à ses souvenirs d’enfance, et à son premier voyage parisien qui lui permit de renouer le fil avec les traditions hassidiques de sa ville natale, il affirmera constamment qu’il était «ici et partout en France et à Vitebsk», deux sources aux quelles il ne dérogera jamais. On le disait à part aussi parce qu’il peignait la Bible ou les anges, thèmes a priori exclus du champ de l’art moderne. Quand on lui demandait pourquoi il était devenu peintre, Chagall répondait que la peinture lui apparaissait comme une fenêtre par laquelle il pouvait «(s’)envoler vers un autre monde». Envol assurément au propre comme au figuré tant ses toiles mettent l’accent sur cet état d’apesanteur. Plus qu’un motif récurrent, c’est toute la structure du tableau qui organise ce renversement de perspective. D’Au-dessus de Vitebsk (1915-1920) au Cheval rouge (1938-1944), personnages, animaux, chandelier et violon se déplacent dans les airs.

Quoi de plus simple, aurait dit Aragon, car pourquoi les pieds des amoureux toucheraient-ils terre quand ils peuvent faire autrement? Et pourquoi cet homme de l’air, nouvelle version du Juif errant, nemettrait-il pas le réel à l’heure de son monde intérieur?

BERTRAND RAI SON

Musée du Luxembourg. Chagall. Entre guerre et paix.

19 rue de Vaugirard, Paris VIe. 01 40 13 62 00.

Jusqu’au 21juillet. «Le Cheval rouge», 1938-1944 ©Adagp,

Paris 2013/Chagall©RMN-Grand Palais/Gérard Blot.

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