Vermeer-COVER
10/03/2017
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Les Expositions

Johannes Vermeer

A force de célébrer Johannes Vermeer (1632-1675), on finit par l’enfermer dans la tour d’ivoire de son génie solitaire en occultant finalement le siècle qui l’entoura, et surtout ceux qui, comme lui, peignaient la vie et les mœurs de la Hollande du XVIIe siècle. Une myopie heureusement corrigée par l’exposition que le Louvre consacre au peintre de Delft et aux maîtres de la peinture dite de genre. La démonstration est étourdissante, parce que l’on s’aperçoit que les préoccupations des uns et des autres appartiennent à un registre commun. Le genre concerne ces tableaux qui, au milieu du Siècle d’or hollandais, vont se pencher sur les intérieurs de la bourgeoisie qui profite de la richesse de cette micro-nation devenue, grâce à sa flotte, la première des puissances commerciales au nez et à la barbe de l’envieux couple franco-anglais. A contempler les thèmes évoqués : de la correspondance amoureuse aux leçons de musique en passant par les femmes au perroquet, on ne peut s’empêcher de remarquer que ces motifs sont non seulement partagés, mais encore qu’ils forment le terreau d’influences croisées et de rivalités déclarées. Le grand Gerard ter Borch (1608-1681), en commençant au milieu du siècle à représenter des situations intimes, créa un mouvement qui inspira toute une génération. Citons, entre autres, Pieter de Hooch, Jan Steen, Gabriel Metsu, Caspar Netscher et, donc, Vermeer. Favorisant la rencontre avec le spectateur, La Femme à sa coiffeuse de ter Borch (1657) apparaît au premier plan et se détache sur un fond sombre. Ainsi placée, elle semble proche, accessible, livrant peut-être ses émotions au regard de celui qui l’observe. Avec La Dame au collier de perles (1664), Vermeer procède tout autrement. Il installe son modèle dans la lumière : elle est debout, de profil, placée contre le mur vide du fond, à distance donc de l’observateur. Le peintre accumule les obstacles, puisqu’une chaise et une table nous séparent d’elle. Eloignement d’autant plus insistant que le miroir dans lequel elle se regarde se trouve de l’autre côté de la table, à proximité de la fenêtre. Ici, la méditation prend le pas sur la narration, et le quotidien devient intemporel, presque abstrait.
 
BERTRAND RAISON
 

MUSÉE DU LOUVRE. Vermeer et les maîtres de la peinture de genre.
Paris 1er. 0140205317. Jusqu’au 22 mai.
 
Johannes Vermeer, «Jeune fille au collier de perles», 1663-1664 ©BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais Jörg P. Anders. Gabriel Metsu, «Jeune homme écrivant une lettre», 1664-1666 ©Dublin, National Gallery of Ireland.

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