RODIN-COVER
10/03/2017
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Les Expositions

Auguste Rodin

Auguste Rodin meurt en 1917. Les dates ont ceci de particulier qu’elles permettent les commémorations posthumes dans la sérénité des cérémonies. Une tranquillité que l’artiste, de son vivant, n’a pas vraiment connue, lui qui a passé son temps à bousculer les conventions de la sculpture. Puis la célébrité est venue et avec elle l’inévitable normalisation. Le centenaire tombe donc à pic pour débarrasser ce géant de la gangue accumulée par un siècle d’adulation. A notre décharge, soulignons que le parcours de ce diable d’homme oscille entre la lumière et l’ombre. C’est-à-dire entre l’œuvre achevée des Bourgeois de Calais (1895) et La Porte de l’Enfer, qui ne cesse pendant des années d’être retravaillée, réélaborée, recomposée. Une construction monumentale (6,35 x 4 m) dont l’auteur ne verra jamais la fonte finale mais qui servit de matrice à sa production pendant plus de trente ans.
 
Le Penseur (1888), pièce détachée du maelström créatif de la Porte et devenu autonome, en est l’exemple le plus célèbre. Dans les réserves de la villa des Brillants, sur les hauteurs de Meudon, dont il fit son atelier, on trouve des milliers de fragments anciens et ses propres créations, des morceaux de pieds, de bras, de têtes. Ces deux tribus formidables, ce «peuple de statues», comme il les appelle, constituent en quelque sorte son laboratoire de formes grâce auquel il assemble, appareille, colle. Dans les salles du Grand Palais, on peut voir le plâtre d’un nu féminin s’échappant du col d’une ancienne céramique. Pareil assemblage donne une idée plus précise de ce désir d’expérimentation qui, à travers le collage, agitera la modernité. Picasso comme Matisse garderont la leçon de cette constante réinvention, sans parler de la répétition et de la fragmentation des volumes. C’est d’ailleurs l’aspect le plus stimulant de cette exposition que d’observer la relecture que feront les modernes comme les contemporains des propositions turbulentes d’Auguste Rodin.
 
BERTRAND RAISON
 

GRAND PALAIS. Rodin. L’exposition du centenaire.
3 avenue du Général-Eisenhower, Paris VIIIe. 01 44 13 17 17. 22 mars au 31 juillet.
 
«La Martyre, tête» ©Agence photographique du musée Rodin-Pauline Hisbacq. «Femme accroupie» ©Musée Rodin (photo Christian Baraja).

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