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02/05/2016
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Les Expositions

Eric Philippe

Rien ne disposait Eric Philippe à devenir l’un des spécialistes reconnus et recherchés du design européen et américain du XXe siècle. Si l’on en croit l’affable créateur de la galerie qui, au centre de Paris, porte son nom depuis plus de trente-six ans, non, vraiment rien. D’ailleurs, c’était plutôt la photographie qui intriguait alors l’adolescent devenu parisien. Il rêve de devenir photographe, s’engage comme assistant et tourne autour des milieux de la mode et de l’édition. En filigrane, il reconnaît un attrait pour les objets. Mais le déclic survient avec la fréquentation des Puces. La fin des années 1970 n’avait pas encore standardisé le rituel et surtout le marché n’avait pas encore imposé le règne d’airain de ses évaluations. C’était alors tendance, pas cher et chic, on y côtoyait Andy Warhol, Saint Laurent, Karl Lagerfeld, et personne ne songeait à revendre ses trouvailles, parce que tout simplement les cotes n’existaient pas. Emporté par l’époque, Eric Philippe achète des pièces de Jean-Michel Frank et de Jean Dunand, qui attendront encore quelques années avant de briller au firmament des références de l’Art déco, devenant par le même coup inabordables. Dans la foulée, il signe un bail fin 1979, passage Véro-Dodat, à trois pas du Louvre. Dès ses débuts, il annonce la couleur. Pas de capharnaüm à l’image des antiquaires, mais un choix restreint qu’il inscrit dans une démarche privilégiant des expositions monographiques et thématiques accompagnées à chaque fois par la publication d’un catalogue. Inlassable chercheur, il impose la rigueur d’un œil et une insatiable curiosité qu’il alimente en arpentant les bibliothèques, feuilletant assidûment tout ce qui lui tombe sous la main. Et c’est ainsi qu’un beau jour de 1986, il découvre la formidable vitalité du design scandinave des années 1920, dont l’extraordinaire Swedish Grace, mouvement artistique qui embrasse la totalité des arts appliqués, de l’architecture au textile. Toutefois, inutile de l’enfermer dans une spécialité, car il peut tout aussi bien s’enticher du New-Yorkais James Mont, décorateur actif des années 1930 aux années 1960, fort prisé par la mafia nord-américaine et dont le style chinoisant n’a rien à voir avec le néoclassicisme impeccable des Danois de la même période. Eclectisme efficace, puisque toutes les pièces de chaque exposition sont vendues en une semaine. La clé de la réussite de cet esthète raffiné tient certainement à son goût de la mesure qui lui vient d’un autre talent qu’il exerce depuis vingt ans en tant que disciple d’un art martial, le shintaido, dont il dispense l’enseignement chaque jeudi.

 


Galerie Eric Philippe. 25 galerie Véro-Dodat, Paris Ier. 01 42 33 28 26.

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